Interview

Intime Schumann
28/06/2017
Intime Schumann
       

Rencontre avec Nicole Corti
(Propos recueillis par Anne de La Giraudière, à l'occasion des Flâneries musicales de Reims)

Si les lieder à une voix de Schumann sont extrêmement connus, on sait moins que le compositeur a écrit de nombreux lieder pour choeurs. C’est ce corpus quelque peu négligé que s’attache à faire découvrir le choeur Spirito dirigé par Nicole Corti, dans une formation rare où les voix magnifiques de huit chanteuses s’unissent au piano souverain de Vanessa Wagner dans un subtil continuum. Une plongée dans le romantisme allemand, au coeur de la fragile intimité schumanienne.

Les lieder pour choeurs de Schumann sont très rarement donnés. Pourquoi avez-vous choisi ce corpus méconnu ?
Nicole Corti : Parce qu’ils sont peu connus précisément. Une des lignes directrices du projet Spirito est la valorisation des chefs-d’oeuvre quelque peu oubliés. Ce cycle se situe dans la même veine que les lieder à une voix. Il puise à la même source littéraire des poètes romantiques allemands que sont Eichendorff, Môrike, Uhland, Kerner ou Rückert. En 1847, Schumann devient chef de choeur et écrit de nombreuses oeuvres à plusieurs voix pour le Chorgesang-Verein de Dresde. Les sujets qui inspirent les deux formes de lieder sont les mêmes : la nature, la relation amoureuse, l’ondin mystérieux, les images nocturnes ou sylvestres que traverse l’emblématique voyageur solitaire. D’autres thèmes, propres à Schumann, s’expriment comme ce lien intense et tragique entre l’amour et la mort. Placées sous le signe d’une certaine simplicité, ces pièces vocales procurent une émotion directe.

Comment avez-vous abordé vocalement ces lieder pour choeurs ?
N. C. : Délicats et passionnants, ils requièrent une connaissance approfondie des textes et le souci constant de la fidélité à l’esprit du lied soliste. Créer l’impression du sentiment unique par l’unité d’expression et de couleur est l’objectif de cette recherche chambriste. La dimension chorale est plus prégnante dans certaines pièces comme le très envoûtant Die Cappelle ou l’énergique In Meeres Mitten qui représentent des défis d’écriture pour Schumann. Nous avions déjà donné ce programme avec le talentueux pianiste Fabrice Boulanger mais nous avons souhaité, pour cette nouvelle tournée, affirmer l’angle de la féminité que porte avec récurrence la presque totalité des textes. C’est pourquoi nous avons proposé à la pianiste Vanessa Wagner de nous rejoindre pour ce projet.

Pourquoi avez-vous souhaité alterner les lieder et les pages pour piano des Scènes de la forêt ?
N.C. : L’ensemble des lieder dure 35 minutes et pour compléter le programme, les Scènes de la forêt se sont imposées à nous pour le même esprit apparemment naïf qui les habite. Expressives et très caractérisées, elles jouent le rôle de passerelles entre les lieder comme autant d’échos aux mélodies, créant un continuum qui confère au concert la qualité d’oeuvre à part entière.

Comment s’inscrit la pièce de Robert Pascal dans ce programme ?
N.C.: L’écriture contemporaine a toujours sa place dans nos programmes. Elle saisit l’oreille et réoriente notre écoute. Robert Pascal a puisé dans le Lied opus 29 n°2 la matière d’une pièce brève «So fern» qui prolonge l’univers schumanien en un duo quasiment expressionniste, inspiré et poignant.

Pourriez-vous décrire le son que vous recherchez avec le chœur Spirito?
N.C. : A la croisée de deux directions, l’épanouissement de la voix individuelle d’une part et l’homogénéité du son d’ensemble d’autre part, se trouve un équilibre hautement délicat, capable de donner vie à une vague sonore se modifiant instantanément en fonction de l’intention. C’est alors la maîtrise du vibrato, des couleurs et des articulations du texte, portée par la densité de l’acuité auditive individuelle qui permet l’alchimie vibratoire propre à émouvoir.

Quels sont vos grands projets à venir avec Spirito ?
N.C. : Notre saison s’annonce très riche avec de nombreux projets en cours. Nous allons poursuivre la tournée d’Un Requiem imaginaire avec Jean-François Zygel qui a imaginé la cérémonie musicale de son propre enterrement. Les extraits d’œuvres de Poulenc, Mozart, Bach, Rachmaninov, Ligeti sont reliés entre eux par le piano improvisateur inspiré de Jean-François. Deux formes chambristes, dédiées à la musique française, seront déployées cet été, comme le concert O Clarissima qui redonne vie aux joyaux que sont les petits motets du XVIIe siècle écrits pour Notre-Dame et la Chapelle royale de Versailles ou bien, le programme Tendres confidences qui alternent les mélodies connues de Fauré, Poulenc, Duparc, Debussy avec les quatuors des mêmes auteurs (on pourra entendre, entre autres, le madrigal de Fauré ou les chansons de Debussy). Avec l’orchestre des Pays de Savoie, nous donnerons le Stabat Mater de Haydn ainsi qu’une oeuvre magistrale de Thierry Escaich au Festival de la Chaise-Dieu et resterons fidèles au Festival Berlioz pour un concert symphonique dirigé par François-Xavier Roth autour de Shakespeare.

Avez-vous un projet de disque ?
N.C. : Spirito est né de la fusion du Chœur Britten et des Chœurs et Solistes de Lyon. La structure existe pleinement depuis le 1er janvier. L’élaboration de notre ligne discographique est en cours et devrait se concrétiser en 2018.

Quelles oeuvres rêveriez-vous encore de diriger ?
N.C. : Le répertoire pour choeur a cappella ou avec orchestre est infini. Diriger la Missa Solemnis de Beethoven ou le Requiem de Ligeti me comblerait.

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