Back into nothingness

Itw / Núria Giménez-Comas
14/11/2017
Itw / Núria Giménez-Comas
     

Pour leur première collaboration, la compositrice Núria Giménez-Comas, la poétesse Laure Gauthier et le metteur en scène Giuseppe Frigeni revisitent dans Back into nothingness l’histoire de Kaspar Hauser, « l’orphelin d’Europe » : un récit qui est tout à la fois un fait divers fondateur de la société bourgeoise européenne, source de nombreux fantasmes, et prétexte à toute une pensée philosophique, philologique et civilisationnelle, fortement imprégnée de romantisme.

Pourquoi vous emparer de l’histoire de Kaspar Hauser qui a déjà tant inspiré d’artistes ?
Núria Giménez-Comas : Laure Gauthier, qui compose le livret de la pièce, avait déjà écrit un premier texte et, de mon côté, le phénomène de l’origine des langues et la linguistique m’intéressaient beaucoup. Pour Laure, la réécriture de la légende était importante. Elle a souhaité distinguer son texte des autres lectures de l’histoire de ce personnage : tandis que la plupart des œuvres théâtrales, cinématographiques ou poétiques présentent Kaspar Hauser dans la ville de Nuremberg, Laure choisit de le faire marcher entre le cachot et la ville pour garder cette force kinesthésique. Selon elle, le cas de Kaspar Hauser relève à la fois de la maltraitance et du fait divers — l’un des premiers à avoir ainsi attiré la curiosité de l’Europe bourgeoise, ce qui en fait l’une des « images sources » de notre société contemporaine.
Dans Back into nothingness, nous nous sommes intéressés à l’actualisation du sujet, jusqu’à la suraccumulation d’informations et le mélange des contextes. J’ai donc voulu amalgamer diverses sources, dans lesquelles on trouve des faits divers d’actualité : l’enchaînement et les contrastes de ces faits divers font que ces informations ne subissent plus un processus de digestion/assimilation, mais bien plutôt un processus d’accumulation/amoncellement.

Comment les différentes écritures (musicale, textuelle, théâtrale, scénographique, etc.) s’articulent-elles ?
N. G.-C. : Nous ne voulons pas dissocier les différents domaines, mais les intégrer dans un cadre temporel unique afin de créer une architecture poétique, sonore et visuelle commune. Ainsi travaille-t-on sur le concept d’image sonore : d’une part à partir des images que le texte poétique peut éveiller chez l’auditeur (pas nécessairement de façon synchrone d’ailleurs), et d’autre part dans le travail de la forme, par la mémorisation (plus ou moins abstraite) de ces images et de leurs différentes « significations » qui se construisent dans le temps.
Giuseppe Frigeni apporte ensuite sa lecture du texte et de la musique en les liant afin de souligner la forme dramatique ou l’expression de la parole par le biais des lumières ou de concentrer l’attention sur les différents personnages. Il ne s’agit en tout cas pas d’un « spectacle » (au sens de théâtre ou d’opéra), mais d’une spatialisation dont les aspects visuels soulignent le phénomène sonore.

Le sujet comme le format invitent à une véritable réflexion sur le langage et sur la voix : comment ceux-ci seront-ils traités ?
N. G.-C. : Dans mon approche de la voix, je veux avoir accès à toute la palette sonore et son expressivité, de la voix parlée-murmurée jusqu’à la voix chantée en passant par le murmurer presque parler, le parler presque chanter, le Sprechgesang… mais aussi des modes d’émission qui tendent vers le cri, les sons bruts préalables au langage et toute l’étendue des consonnes gutturales et vélaires. Une réflexion sur nos premiers pas dans la langue m’a menée à examiner le bégaiement, également traité comme élément rythmique.
Nous nous sommes notamment intéressés à la manière dont le Sprechgesang peut mettre en relation l’intonation du parler avec le discours musical, ainsi qu’à la notion d’espace poétique, en parallèle du travail sur le silence et l’espace musical. Le développement d’un parler qui penche vers le chant, ainsi que de passages où le texte apparait dans toute son intelligibilité, ont permis que le personnage soit incarné par une actrice susceptible de chanter plutôt que par une chanteuse susceptible de jouer.

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