Bouquets

Extrait du triptyque Revenante, Bouquets, Revenant

         

Dieu créa les fleurs pour les jardins, les prairies, les bouquets. Du mot bosc, bois, vient le bouquet, petit bois. On se promène dans un bouquet. Bruyères à l’automne, jonquilles au printemps.

Qui a dit que nous avions la vie brève des roses ?
«Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame
Las ! Le temps non, mais nous nous en allons»
tandis que les fleurs reviennent. Un instant après, un mois, un an, vingt après.

Qui inventa la réunion des violettes afin qu’une à une, glissées dans une lettre, elles disent l’amour caché ? Entre les pages d’un livre, j’ai trouvé des violettes, des trèfles aussi, à quatre feuilles, oui, je vous assure.

Dans le jardin d’hiver, abandonné comme un vieux serviteur, il y a son petit panier avec ses gants et son sécateur. Nous sortons ensemble cueillir du lilas, des pivoines et des roses. Les fleurs attendent qu’on les cueille pour un bouquet fantôme d’un autre bouquet.

Rose, Rosalie, Rosette, Violette, Iris, Jacinthe, Marguerite, Anémone, Capucine, ou tout simplement Fleur, filles baptisées en fleurs. Les filles veulent mourir comme des camélias, tomber entières, floc, intactes comme un camélia. Les femmes veulent mourir pivoines. Dans leur jeunesse poing fermé, épanouies en vieillissant jusqu’à toucher terre.

Beaucoup d’eau pour les roses, très peu pour les tulipes. L’iris coupé fane vite, ses fleurs s’étiolent, ses bords s’assèchent. Craignons la fin de l’iris. Forget me not, crie le petit myosotis aux yeux bleus, ne m’oubliez pas. L’oubli empoisonne. Dans un bouquet revient l’absente.

Florence Delay

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