Revenant

Extrait du triptyque Revenante, Bouquets, Revenant

       

Dimanche tôt matin, jour pas encore levé, il marche pieds nus dans l’herbe. Il se réhabitue à vivre, il respire. Il reconnaît le parfum des violettes et des jacinthes. Près de son tombeau, les pensées le regardent de leurs beaux yeux d’illettrées. Que pensent les pensées ?

Hou ! hou ! hou ! Il entend une femme sangloter. Le jour se lève sur le jardin dont il n’est pas le jardinier.

Il s’éloigne à travers près. Pervenches, anémones, iris, cardamines mauves, toutes les fleurs du printemps portent encore son deuil alors qu’il est vivant.

Il rôde autour d’une maison amie. Son vêtement neuf se confond avec les cerisiers fleuris. Celle qui balaye devant sa porte croit voir un fantôme, son frère aussi. Après son passage, un lilas qui n’était qu’en bourgeons déploie ses grappes mauves.

Il entend rire et courir, beaucoup d’agitation soudain. Il s’éloigne en suivant un ruisseau bordé de narcisses et jonquilles. Le ciel est sans nuages. Une petite fille chante : « Es-tu narcisse ou jonquille ? Es-tu garçon, es-tu fille ? » Il sourit enfin.

Hi han hi han ! L’ânon qui le portait dimanche dernier court à sa rencontre. Comment as-tu fait pour me reconnaître ? Je suis le même, mais je suis un autre. Hi han hi han ! Mon père est silencieux et ta mère inquiète, il m’attend, elle te cherche. Hi han hi han ! L’ânon voudrait pleurer comme une fille, il ne peut pas, non, ses pauvres yeux sanieux sont couverts de mouches, il ne peut plus les ouvrir, il souffre.

Le jour décline. Le soleil accoste. Monte dans ma barque, supplie le soleil. Non, dit l’homme nouveau, pas encore. Il ouvre les mains vers le ciel son père, pose les mains sur les yeux aveugles, et l’âne guéri voit dans la nuit comme en plein jour.

Florence Delay

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