Au seuil de la nuit – Eglise Saint-Paul, Lyon
Au seuil de la nuit
Une journée est une vie en miniature.
Elle naît dans l’obscurité, s’éveille, grandit vers la lumière, atteint son apogée, puis lentement décline. Le soir vient, la nuit s’installe. Et pourtant, au cœur même de cette disparition, se prépare déjà un nouveau commencement.
Ce programme est construit autour de cette idée simple : faire se rencontrer le cycle d’une journée et celui d’une existence humaine.
Les œuvres de Rheinberger, Reger, Bruckner, Cornelius, Mendelssohn et Schumann dessinent ensemble une grande arche. Elles nous parlent du temps qui passe, de la fragilité de l’existence, de la mort, de l’espérance, de l’errance et de la recherche d’une lumière. L’Homme y apparaît comme un être de passage, inscrit dans un mouvement qui le dépasse.
Mais cette trajectoire n’est pas linéaire.
Ce qui naît décline. Ce qui disparaît laisse place à autre chose. La lumière appelle l’ombre, et l’ombre contient déjà la promesse de la lumière. Le jour devient soir, le soir devient nuit, et la nuit prépare l’aube.
Cette succession trouve une résonance particulière dans les textes qui traversent le programme. Chez Reger, l’existence humaine est rappelée à sa brièveté : « Der Mensch lebt und bestehet nur eine kleine Zeit » : l’Homme vit et ne dure que peu de temps. Chez Cornelius, les morts semblent encore suspendus entre deux états, pris dans un combat pour un « être renouvelé ». Puis, chez Schumann, le voyageur traverse la nuit à la poursuite d’une lumière dont il ignore encore la nature : est-ce l’amour, est-ce la mort ?
Ainsi, la musique ne raconte pas seulement une journée. Elle suggère une existence entière.
Le chœur a cappella rend cette traversée particulièrement intime. Sans le soutien d’instruments extérieurs, il ne reste que la voix humaine : le souffle, la parole, la vibration. Plusieurs voix deviennent alors une seule matière sonore, comme si l’individu et le collectif partageaient dès lors le même destin.
Au fil du concert, les forces se succèdent, se répondent et se transforment. La tension laisse place au repos, le repos à l’inquiétude, l’inquiétude à l’espérance. Et lorsque vient le soir — « Bleib’ bei uns, denn es will Abend werden » : reste avec nous, car le soir tombe — il ne s’agit peut-être pas d’une conclusion, mais d’un seuil.
Car le repos de l’âme ne réside peut-être ni dans la lumière absolue, ni dans l’obscurité, mais dans ce fragile équilibre entre ce qui commence et ce qui s’achève, entre le mouvement et le repos, entre la vie et ce qui lui succède.
Une journée s’achève.
Une vie s’achève.
Et pourtant, quelque chose demeure en mouvement.
Kyrie, Messe en mi bémol – op. 109 — J. Rheinberger
Der Mensch lebt und bestehet nur eine kleine Zeit, op. 138 — M. Reger
Hymne, op. 69 — J. Rheinberger
Os Justi — A. Bruckner
Requiem — P. Cornelius
Sanctus, Messe en mi bémol – op. 109 — J. Rheinberger
Herr, nun lässest du deinen Diener in Frieden fahren, op. 69 — F. Mendelssohn
Ungewisses Licht, op. 141 — R. Schumann
Das Agnus Dei, op. 138 — M. Reger
Abendlied, op. 69 — J. Rheinberger
Agnus Dei, Messe en mi bémol – op. 109 — J. Rheinberger
Spirito
Le Jeune choeur de Lyon
Nicolas Forin Direction
